mercredi 11 juin 2014

PEW et les enjeux géostratégiques du Pacifique

La superposition de différents enjeux (thoniers, défense, commerce, terres rares marines) aux zones d'activités des trusts caritatifs sur les questions environnementales montre une forte coïncidence d'activité, suggérant des actions à fortes portées géostratégiques sous couvert d'environnement marin, notamment dans le cadre du positionnement américain face aux enjeux asiatiques.


 

La vidéo qui suit a été réalisée dans le cadre d'un séminaire stratégique de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales en mai 2014. Vous trouverez l'intégralité des vidéos de la conférence sur le site géostratégique Theatrum Belli.

Elle ne présente qu'une partie des enjeux géostratégiques maritimes de l'océan Pacifique : les enjeux de défense, les enjeux thoniers, les enjeux miniers (Terres rares et exploitation offshore) et une partie des enjeux commerciaux US et UE.

La volonté de puissance des trusts caritatifs US tels que PEW, ou coordonnés par PEW, se fait sentir aujourd'hui dans le Pacifique à la fois sur la volonté de :
  •  déployer un réseau d'Aires Marines Protégées de grandes tailles sans pêche, à la fois dans les Zones Economiques Exclusives et  dans les eaux internationales
  • déployer des freins directs ou indirects (via les requins) aux flottilles asiatiques, notamment sur les long-liners thoniers (palangriers) responsables de seulement 10% des captures, mais "coupables" d'une forte activité spatiale et d'ancrages sociaux dans les ports qui les accueillent, et qui dépassent largement le simple cadre de l'activité de pêche. Ceci étant dit sans renier la surpêche des requins, mais en pointant l'utilisation géopolitique de cette pêche majoritairement issue des captures accessoires de thons.

Pour "vendre" ces  AMPs strictement sans pêche, PEW favorise la création de réflexes de société, tel que l'association "surpêche" et "réchauffement climatique", ou "promotion de l'écotourisme lié aux requins".

Associer "surpêche" et "réchauffement climatique" présente l'intérêt de faire croire aux Etats Insulaires du Pacifique, qui craignent à juste titre la montée des eaux, qu'ils peuvent avoir un impact immédiat contre cette montée en soutenant à la fois au plan local la mise en place d'interdictions massives de pêche, et au plan international les positions de la Global Ocean Commission pilotée par PEW sur la mise en place de ces réserves internationales sans pêche. Et cela permet au passage de dédouaner certains de ces Etats sur d'autres pratiques comme l'extraction de sables.


Promouvoir et sur-vendre les impacts socio-économiques de l'écotourisme "observation des requins" (cf. l'étude écotourisme Requin à Palau) renvoie aussi à la vision de dépendance au tourisme de ces Etats Insulaires.

L'ensemble de ces deux points exonère d'ailleurs PEW de poser le débat sur la production de carbone, et donc le modèle de consommation US, en ne focalisant que sur les sources d'élimination du carbone (océans ou Carbone Capture et Stockage).

Les Aires Marines Protégées de grande taille avec interdiction stricte de pêche sont loin d'avoir fait leur preuve, certains annonçant qu'il faut attendre encore avant d'en voir les effets. Ce qui interroge, c'est l'empressement à vouloir multiplier ces outils de conservation de grandes échelles. Elles permettent, dans l'attente, la mise sous verrou d'espaces à fortes valeurs géostratégiques (pêche, exploitation offshore de minerais ou d'hydrocarbures). Qui ne s'ouvriront le cas échéant que si les candidats à l'exploitation de ces zones répondent aux critères environnementaux qui seront décidés par PEW ou des ONG Environnementales partenaires, et non dans le cadre souverain des Etats.

Si ces créations sont réalisées dans le cadre de partenariats publics/privés, entre PEW et les Etats insulaires concernés,  il faut constater 2 points :
  • Les implantations de ces projets d'AMPs strictes sans pêche ne sont absolument pas anodines au regard d'intérêts géostratégiques (ressources naturelles) ou géopolitiques (lignes de défense, containment des flottilles asiatiques et notamment chinoises, fermeture de l'accès Est à la Haute Mer de la Chine). Ce qui évoque plus un partenariat public/privé entre PEW et les USA ou le Royaume-Uni (cf. Chagos/Diego Garcia dans l'océan Indien qui relève de la même logique) qu'entre PEW et les Etats Insulaires.
  • La motivation idéologique, notamment les fondements du "wilderness", l'emporte sur la justification scientifique partagée, à grand renfort de "science-based-lobbying" financé par les trusts caritatifs. Cela s'apparente d'ailleurs autant à une prise de contrôle de la biodiversité que des intérêts alimentaires, ces deux points renvoyant aux fondamentaux néomalthusiens de l'écologisme anglo-saxon. Ecologisme qui prône la faillite des Etats à gérer leurs ressources naturelles, coupables de devoir arbitrer avec des impératifs sociaux et économiques. Quoi qu'il en soit, que l'on partage ou non ce point de vue, cette composante idéologique illustre le côté "privé" du partenariat, le prix à payer pour soit-disant promouvoir l'intérêt général public par des moyens privés.