mercredi 25 juin 2014

Le pivot maritime Asie Pacifique

Les tensions géostratégiques dans la mer de Chine du Sud sont connues de longue date et maintenant régulièrement décrites dans la littérature spécialisée comme dans les grands médias. Les tensions en cours comme l’affrontement de mai et juin 2014 entre la Chine et le Viet Nam, ou les passes d'armes sino-américaines à la dernière rencontre du dialogue de Shangri-La, sont pourtant moins relayées dans les médias européens. Dans la mise en place du pivot  Asie Pacifique, les trusts caritatifs US ont joué et continuent à jouer un rôle important : par le renforcement des approches du pivot, à savoir la zone des Chagos et de Palau. Les trusts caritatifs utilisent la mise en place des Aires Marines Protégées de grande ampleur, telles que définies par le programme Global Ocean Legacy de PEW pour limiter l'emprise spatiale des flottilles de pêche chinoises en premier lieu, et asiatiques en second lieu.



Nota : Cette synthèse est publique mais soumise à copyright. Elle n'est pas libre sous licence GCU. Toute copie, citation ou utilisation doit faire l'objet d'une mention (c) bluelobby.eu et doit mentionner le lien internet de l'article et sa version. Toute copie à des fins commerciales est interdite. Les illustrations cartographiques présentées dans cet article sont soumises à copyright et leur utilisation est soumise aux mêmes règles que le texte. Ces cartes sont rattachées à la série "Pivot Maritime Asie Pacifique" de bluelobby.eu . Cette synthèse peut être amenée à évoluer. Au sein de Blue Lobby EU, cet article a été rédigé par Yan Giron :  yan.giron arobase armeris.fr

 Versions :

Synthèse sur la notion de pivot maritime Asie Pacifique

Les ensembles du pivot maritime Asie Pacifique.

Le terme de "pivot Asie Pacifique" renvoie à une stratégie américaine déclinée en 2011 par Hilary Clinton qui désigne un processus de retransfert et ré-équilibrage des moyens diplomatiques et militaires de la zone du Moyen Orient / Afghanistan vers la mer de Chine du Sud. Néanmoins, ce terme désigne un ensemble d'entités et de logiques géostratégiques plus larges, qui concernent aussi bien les USA que les pays de la Région et la Chine. Nous parlerons donc de pivot MARITIME Asie Pacifique pour le distinguer du pivot américain Asie Pacifique. Le pivot maritime Asie Pacifique a pour limite Ouest la zone de la pointe de l'Inde et inclut les Maldives et les Chagos, qui constituent les approches Ouest du pivot maritime et l'accès Ouest à la Haute Mer de la Chine. Il a pour limite Est actuelle  un ensemble qui va jusqu'aux îles Salomon et la bordure de la Zone Economique Exclusive de la Nouvelle Calédonie, du fait des influences chinoises sur cette zone. Ce qui inclut Palau et Guam. Cela constitue les approches Est, qui incluent le coeur de chauffe de la production thonière mondiale et l'accès Est à la haute mer pour la Chine. Au Sud, la limite du pivot est l'Australie. La limite Nord inclut le Japon et les Corées, qui ferment l'accès Nord à la Haute Mer pour la Chine par la côte. Le coeur du pivot est constitué par le détroit de Malacca et la mer de Chine du Sud. Cette zone inclut un potentiel énergétique important et les revendications chinoises sur la mer de Chine du Sud.

Le pivot maritime Asie Pacifique inclut donc tous les déterminants classiques de souveraineté de la Chine et de la sécurisation de ses accès à la haute mer. Géostratégiquement parlant, le pivot américain est en fait (aussi) un pivot chinois. Son périmètre peut évoluer dans le temps. Cette évolution pourra se faire par exemple avec l'ouverture effective de la route du Grand Nord, via le détroit de Béring. L'accès à cette route pourra se faire par l'accès côtier Nord, ou par l'accès Est vers la Haute Mer, à l'Est du Japon. Auquel cas, les analyses devront inclure de manière plus importante la Russie et le Canada, et côté européen la Norvège et le Danemark (Groenland). Le coeur du pivot peut évoluer en prenant en compte les autres détroits indonésiens en cas d'évolution négative des conditions de sécurité dans le détroit de Malacca. Le détroit de Corée peut lui-aussi devenir un coeur secondaire en cas d'ouverture effective de la route du Nord. 

Les acteurs

En préliminaire à cette synthèse, il convient d'identifier les acteurs majeurs qui interagissent au sein de ce pivot maritime. Les leaders sont bien entendu la Chine et les USA. Du côté chinois, les jeux d'influence et d'alliance incluent la Corée du Nord, Taïwan, le Cambodge et la Birmanie. En proximité, la Chine tente d'influer sur le Sri Lanka, les Seychelles, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, possiblement les Îles Salomon, et les Etats du Golfe persique dont la Chine est maintenant le principal client. Du côté USA, les pays qui sont dans sa proximité d'intérêts sont le Japon, la Corée du Sud, Singapour, la Thaïlande, les Philippines, Palau, les Etats Fédérés de Micronésie, le Royaume Uni (via notamment les Chagos) et l'Australie. Les USA tentent d'associer l'Inde et la Malaisie. La Nouvelle Zélande, les Îles Cook et Kiribati sont plus inclus dans une stratégie propre au Pacifique Central, notamment au niveau des enjeux miniers et du thon. Un certain nombre d'Etats sont en position plus neutre ou peuvent déployer des synergies tantôt avec la Chine, tantôt avec les USA : l'Indonésie, Brunéï (malgré ses tensions avec la Chine sur la mer De Chine du Sud), l'Inde et la Russie, les Îles Salomon et les autres Etats insulaires du Pacifique central. Du fait de l'actualité internationale en Ukraine, et des perspectives de la route du Nord, la Russie pourrait être en conjonction d'intérêts avec la Chine, mais sa recherche d'une base d'appui à Cam Ranh et la vente de 6 sous marins Kilo  les placent plutôt au côté du Viet Nam. Ils sont plus en position d'attente et de neutralité, portant leur propre jeu. L'Europe est également plus spectatrice, avec des intérêts convergeants à la fois avec les USA, notamment au travers du Royaume-Uni, et avec la Chine, que ce soit en termes commerciaux, financiers, mais aussi via la France en termes d'implication économique sur le secteur minier en Nouvelle-Calédonie. Les jeux maritimes déployés risquent de provoquer des mouvements de flottilles de pêche, notamment chinoises, qui pourraient impacter les ZEE européennes de la zone Pacifique.

Les thématiques à prendre en compte

Dans les jeux d'acteurs présents dans la zone, il convient d'inclure les préoccupations suivantes : les aspects de défense ; la confrontation commerciale et d'influence plus globale USA-Chine ; les revendications territoriales Chinoises dans la mer de Chine du Sud et les conflits associés ; les enjeux de production alimentaire (pêche, aquaculture, riz) et de croissance démographique ; les enjeux de production énergétiques et minières ; les accords internationaux commerciaux et de défense ; et depuis peu les questions d'Aires Marines Protégées de grande taille qui  peuvent devenir un élément d'appui sur les approches du pivot, dans le cadre des partenariats publics/privés américains.

La synthèse qui suit reprend dans le détail les aspects maritimes qui seront complétés progressivement.

Plan

  1. Vers le pivot maritime Asie Pacifique
  2. Le pivot américain
  3. Contribution des trusts caritatifs US aux logiques du pivot
  4. Le pivot chinois
  5. Inde, Russie, Japon, Australie et Nouvelle Zélande, en alliés activement passifs ?
  6. Mai 2014, complément de pivot américain, dialogue de Shangri-La et tensions sino-vietnamiennes
  7. Les initiatives de réduction des conflits dans la mer de Chine du Sud
  8. Connexion avec les autres ensembles géostratégiques
  9. En savoir plus
  10. Actualités récentes juin 2014

1. Vers le pivot maritime Asie Pacifique

Du côté américain

wikipedia
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:UncleSamStepingStoneToChina.jpg
De même que la Chine depuis plusieurs décennies a clairement déclaré que la mer de Chine méridionale faisait partie de sa zone d’influence et de souveraineté, de même les USA considèrent que la zone Asie Pacifique fait partie de la défense avancée de leurs intérêts, tant stratégiques que commerciaux. Et cela bien avant la seconde guerre mondiale comme le montre l'illustration ci-contre d'Emil FLOHRI, paru dans Judge le 21 mars 1900. Dès la fin du XIXième siècle, les affrontements coloniaux entre l’Espagne et les USA au niveau des Philippines sont clairement perçus, et critiqués, comme une utilisation des Philippines comme tête de pont pour assurer le débouché commercial des productions industrielles américaines sur le continent asiatique. Dans le même temps où les USA condamnaient les puissances européennes, coupables de colonialisme au nom du principe de liberté américains, les USA construisaient leur propre empire, et pas seulement commercial (cf Porto Rico, Cuba, les Philippines). 

Nous allons rapidement passer en revue les éléments qui ont encouragé le changement récent de stratégie américaine concernant la zone Asie Pacifique en novembre 2011, notamment vis-à-vis de la Chine. Les Etats insulaires du Pacifique, comme les petits Etats côtiers du pacifique oriental ou occidental, se retrouvent quant-à-eux  pris dans des jeux géostratégiques qui les dépassent et tentent de déployer leur propre souveraineté autonome.

Au-delà des enjeux géostratégiques sur cette zone, et notamment des accès aux ressources naturelles renouvelables et non renouvelables qui y sont présentes, les enjeux de la zone sont autant dictés par des considérations de défense que de géopolitique ou de prépositionnement commercial.


L’implication américaine dans ces espaces, et la réponse stratégique déployée, reprennent ou plutôt réactivent des lignes stratégiques développées notamment avant la seconde guerre mondiale et surtout pendant la guerre froide.

Sur cet espace se concrétisent plusieurs pensées et concepts géostratégiques américains :
  •  La théorie du Heartland / Rimland développée par Nicholas Spykman dans les années 1940, lui-même ayant repris les travaux de Mackinder, qui considère la zone d’Asie Centrale (Heartland) comme étant maîtrisable ou maîtrisée par le contrôle de sa ceinture (Rimland). Par ailleurs, le Heartland dans cette vision est considéré comme le pivot géostratégique du monde (1). Elle a renforcé et justifié le déploiement de la stratégie de l'endiguement  ("containment") dès la fin de la seconde guerre mondiale et tout au long de la guerre froide. Le dispositif de containment de la zone Sino-Russe a été allégé dans les années 1990, suite à l’effondrement du bloc soviétique. Certaines bases comme celles des Philippines ont ainsi été progressivement abandonnées.
  • La stratégie de l'endiguement est un pur produit de la guerre froide. Elle est énoncée par Georges Kennan en 1946, en réaction à  la montée mondiale de l'influence du communisme.
  • La théorie des dominos, présentée par le Président Eisenhower en 1956, mettant en avant le risque de contagion des pays en développement post coloniaux aux idées du bloc soviétique (tant en termes d’alliances politiques et militaires, que de modèle économique). Cette contagion se fait notamment en proximité géographique Elle a bien-sûr renforcé concrètement dans cette zone le déploiement d’une stratégie de « containment » géographique, et l'a légitimée.
Cette théorie de l'endiguement va faire l'objet d'une relance dans le milieu des années 1970, avec la concrétisation d'une pensée stratégique associée à la crainte de la croissance démographique, moins connue du grand public. En 1974, Henri Kissinger commande un rapport, le National Security Study Memorandum 200. Il a été déclassé dans les années 1990. Ce rapport mentionne la croissance démographique mondiale comme étant un sujet d'inquiétudes pour la sécurité des Nations Unies et recommande aux USA de mettre discrètement en œuvre des actions de réduction de la fertilité au travers de ses programmes d'assistance portés par l'USAID, notamment envers 13 pays (cf. p10 du rapport) : Inde, Bangladesh, Pakistan, Nigeria, Mexique, Indonésie, Brésil, Philippines, Thaïlande, Egypte, Turquie, Ethiopie et la Colombie, soit 6 pays du pivot Asie Pacifique. Chine et Russie ne sont pas mentionnés car en l'espèce les USA n'avaient pas de possibilité d'influence douce. Les recommandations seront mises en oeuvre, principalement au travers de l'aide bilatérale ciblée portée par l'USAID. Reprenons brièvement les craintes évoquées par ce rapport :
  • p 5: L'adéquation de la croissance démographique avec la fourniture alimentaire mondiale, et l'impact géopolitique et environnemental associé
  • p 5 : La croissance de la population jouera sur la disponibilité et le coût des minerais et des produits pétroliers au niveau mondial, et donc pour les USA. En effet, les pays les plus pauvres détenteurs de ces ressources risquent d'en renforcer les coûts et les conditions de mises à disposition sur le marché international pour en retirer une richesse plus grande, pour financer les coûts de prise en charge de leurs populations.
  • p 7 : l'orientation de l'économie des ménages de ces pays ira plutôt vers la consommation de biens de première nécessité, et non pas vers l'investissement, le "moteur" de la croissance économique mondiale. Les retombées économiques pour ces pays seront lentes, et ralentiront d'autant la phase de transition démographique qui produit le ralentissement de la croissance démographique.
  • p 8 : l'absence probable d'amélioration du bien-être pour ces populations conduira à l'émergence d'un sentiment de frustration et des mouvements de migration qui seront dommageables à la fois aux stabilités internes de ces pays, ainsi qu'aux relations internationales et pour la sécurité intérieure des USA. Les phénomènes de migrations urbaines vont impacter les pays qui ne pourront plus assumer les services publics associés, ce qui impactera leur stabilité politique et les risques dont les risques révolutionnaires.
Ces éléments de rapport ont été reçus et approuvés par l'administration US et traduits dans un certain nombre de positionnements internationaux, notamment en matière de contrôle des naissances et de réglementation environnementale par ailleurs. Ceci a aussi encouragé les USA à être très présents sur les pays qui sont concernés par le pivot maritime Asie Pacifique, qui est tout à la fois zone de croissance démographique, zone de marché, zone de production d'hydrocarbures, et zone de production alimentaire via notamment la production rizicole et halieutique.

Du côté chinois

La Chine est marquée par son développement économique et un contexte d’explosion à la fois de la mondialisation et au niveau géopolitique de l’émergence d’un monde multipolaire. Sa dépendance aux approvisionnements extérieurs en matières premières a renforcé l'enjeu de la maîtrise de son accès à la Haute Mer. Le développement de sa puissance navale est central dans cette thématique, tant sur les flottes de commerce, de pêche que de défense. La thématique de la flotte de commerce n'interagit sur le plan économique qu'avec les autres opérateurs du transport maritime et n'est relativement pas source de conflits inter Etats, on est plutôt dans le champ de la concurrence privée. Le développement de la flotte militaire inquiète plus. De même que l'extension de l'activité de ses flottes de pêche, tant du point de vue alimentaire que stratégique.

A ce contexte maritime, s'ajoutent les revendications territoriales dans la mer de Chine du Sud.

http://www.ntmp.gov.cn/p/china.jpg
La carte ci-contre présente la mise à jour officielle 2014 des revendications territoriales de la Chine (merci à Jean-Vincent Brisset qui nous l'a communiquée). Elle traduit une vision millénaire de cet espace pour la Chine. Voir à ce sujet dans le numéro spécial d'avril-mai 2014 de la revue Carto sur la géopolitique de la Chine l'article de "La grande stratégie chinoise" (1) de Tanguy Struye de Swielande. Les espaces maritimes adjacents au "heartland" terrestre chinois sont clairement vus comme contributeurs à la sécurisation des liens de la Chine avec le reste du monde, mais ils sont aussi vu depuis le XIXième comme un espace d'incertitudes et de risques. Ces espaces maritimes contribuent simultanément aux 3 intérêts centraux de la Chine : (a) son développement économique et social  ;  (b) sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale ; (c) sa sécurité nationale et le renforcement du pouvoir central. Dans son développement international, toujours selon l'article cité ci-dessus, la Chine tenterait de recréer la route de la soie selon différents itinéraires maritimes et terrestres : "un vers l'Europe via l'Asie Centrale, la Russie et le Moyen-Orient ; un autre vers l'Asie du Sud et du Sud-Est via, entre autres, le Tibet, la Birmanie, le Viet Nam et l'Inde".

Au niveau des enjeux maritimes, le président Xi Jinping, fraîchement élu, s'est prononcé au Parlement indonésien en octobre 2013 toujours selon l'article cité ci-dessus. Il a souhaité créé une "communauté au destin commun" entre la Chine et l'ASEAN. Et en citant pleinement l'auteur de l'article : ""il apparaît que le dessein de la Chine est de contrôler le Rimland asiatique en isolant (ou en s'alliant avec) la Russie, tout en concurrençant la puissance maritime américaine dans le Pacifique. D'autant que sa maîtrise du Rimland lui permettrait de résoudre son "dilemme de Malacca" [dépendance de la Chine à ce verrou logistique sur la route de ses approvisionnements (notamment énergétique) et de ses exportations]"


Les tendances globales récentes qui renforcent la logique du pivot

Dans l’intervalle, plusieurs enjeux se sont maintenus ou accrus depuis la fin de la guerre froide :
  •  La nécessité impérieuse de continuer à maîtriser la zone de l’océan Indien et le détroit de Malacca (3), à la fois zone de transit des productions d’hydrocarbures produites dans le nord de l’océan Indien, et de transit des flux de la mondialisation entre les pays européens consommateurs et les zones manufacturières de l’Asie (les « dragons » puis la Chine). Et ce dans un contexte de conflits quasi continus (cf. guerres du golfe, Afghanistan, continuité des conflits indo-pakistanais plus ou moins larvés, et le développement de la piraterie somalienne) et concurrences accrues avec l'Inde.
  • Les tensions sur les marchés internationaux de minéraux spécialisés, et notamment les terres rares, se sont accrues. La Chine est en quasi position monopolistique sur les terres rares. Ces minéraux stratégiques ne sont pas rares. Ce sont les producteurs qui sont rares, notamment du fait du coût environnemental à payer pour les extraire et les rendre accessibles à un coût qui ne freine pas la croissance mondiale.
  • L’émergence des BRICS en tant que puissances démographiques, économiques et financières, assurant ainsi la continuité avec le mouvement plus politique des pays non alignés qui prévalait lors de la guerre froide et les années 70 et 80. Cette émergence bouscule la vision bipolaire pour entrer dans une vision multipolaire et de nouvelles stratégies US dans ce contexte.
  • Des crises financières liées à des spéculations de devises (Thaïlande, Japon) et de ressources naturelles
  • Le renforcement des intégrations et des interdépendances économiques liées à la mondialisation et la spécialisation de la zone comme manufacture mondiale,
  • Et plus récemment le ralentissement de croissance économique pour la Chine, les "tigres" et le Japon.
  • La relance des préoccupations néomalthusiennes de croissance démogr
    (c) Smithsonian Institute
    aphique
    , de son impact supposé sur la mise à disposition des matières premières sur le marché mondial et la crainte d'un effondrement généralisé de l'économie mondiale par manque de ressources, et de l'environnement. (voir à ce sujet la relance de la communication sur le rapport du Club de Rome par le Smithsonian Institute, communication qui n'est pas exempte de critiques, notamment sur l'aspect de ne pas établir la comparaison des modèles à la réalité après 2000 comme le montre le diagramme ci-contre)
  • Sur les dernières années, la zone doit aussi faire face à une politique d’armement et de modernisation des équipements / acquisitions neuves des pays riverains (à l’exception notable des Philippines) (2) et (3) . Cette politique de réarmement se traduit au niveau maritime par le développement unique des flottilles de sous-marins conventionnels depuis les années 1990. Aujourd'hui, ce sont près de 55 à 60 unités qui vont être en activité, répartis sur la Chine, la Corée du Nord, la Corée du Sud, le Japon, mais aussi Taïwan, Singapour, l'Indonésie, la Malaisie et maintenant le Viet Nam qui vient de commander aux Russes 6 sous-marins de la classe Kilo. Les flottes de surface se sont accrues et modernisées, en premier lieu pour la Chine, mais aussi pour l'Inde, la Malaisie et l'Indonésie. Les derniers développements majeurs sont la constitution de groupes aéro-navals indiens et chinois.
  • Les évolutions politiques en Corée du Nord restent déstabilisantes et continuent à maintenir une menace de frappes nucléaires sur les Etats de l’Asie de l’Est (Japon, Corée du Sud), du Pacifique (Guam, Malaisie, Thaïlande) et Alaska/Russie. Le nouveau dirigeant nord-coréen n’hésite pas jouer le conflit régulièrement. Ces faits sont suffisamment connus du grand public pour ne pas s'y étendre. Soulignons simplement que le soutien jusqu'alors indéfectible de la Chine à la Corée du Nord fait de plus en plus souvent place à une approche plus critique.
  • On note également la relance de tensions sur des thématiques nationalistes, et sur des sujets diplomatiques datant de la seconde guerre mondiale : tensions entre le Japon et la Chine (sujet de la Mandchourie), entre le Japon et la Corée du Sud. Notamment depuis le retour au pouvoir en 2012 du Premier Ministre Shinzō Abe conservateur nationaliste, connu pour des positions de revalorisation de l'impérialisme japonais de la seconde guerre mondiale, et ce déjà lors de son premier passage au pouvoir en 2006/2007.
  • Ces tensions s'appuient elles-mêmes directement ou indirectement sur un contexte de revendication d'espaces maritimes accrues : Senkoku/Diaoyutai (Japon, Chine, Taïwan) - Îles Dokdo/Takeshima (Japon, Corée du Sud) - Taiwan (RP Chine,Taïwan) - Paracels (Viet Nam/RP Chine) - Spratleys (RP Chine, Viet Nam, Philippines, Malaisie) - Kouriles (Japon, Russie). Ces différentes revendications sont reprises dans la carte ci-dessous par des zones hachurées pour les ZEE constestées ou dont les limites sont contestées.
  • L’utilisation par les pays de la région des dispositifs juridiques prévus au titre de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM), notamment les disputes juridiques sur les questions de délimitation ou de souveraineté des ZEE et les demandes d’extension des plateaux continentaux et les arbitrages de limites de Zones Economiques Exclusives (ZEE).
  • La concrétisation opérationnelle des volontés de puissance de la Chine, des Philippines et du Viet Nam principalement sur la mer de Chine méridionale.

Les alliances en cours et les répercussions

Avant de rentrer plus en avant sur la synthèse des forces à l'oeuvre sur le pivot maritime Asie Pacifique, nous prendrons quelques instants sur la carte présentée ci-contre. Elle représente les principales routes maritimes, les bases logistiques ou de défense, et les ZEE représentées avec un code couleur qui est une première approche du degré de proximité des différents états vis-à-vis des USA.

Sur cette légende, plus on est proche du bleu, plus on a des liens resserrés avec les USA. Sur cette projection cartographique, le seul territoire US de Guam apparait, au nord d'un ensemble de pays liés aux USA par un accord de Compact Of Free Association COFA. Ces accords économiques ont un volet défense déléguant la protection de leurs territoires aux forces armées US (cf. infra). Ce qui offre pour les USA des espaces de souveraineté ou de statut d'exercice de la souveraineté pour compte de tiers au coeur même du Pacifique Occidental.

Puis viennent Corée du Sud, Japon, connues pour leur accueil de bases permanentes américaines, de même que pour les Chagos, au Sud de l'Inde et des Maldives dans l'océan Indien. La Thaïlande suit et enfin les Philippines, qui continuaient à accorder des facilités logistiques légères à l'US Navy, malgré la fermeture de la base de Subic Bay. Australie et Nouvelle Zélande, et ensuite l'OTAN (en vert, ici la France) sont des alliés opérationnels des USA, mais avec une autonomie plus affirmée dans leurs choix stratégiques. Ce qui n'empêche pas les USA de renforcer leur présence australienne sur la base de Darwin en mi 2012, premier geste concrétisant l'application de la politique américaine du pivot de fin 2007.

La majorité des surfaces restantes est occupée par des Etats neutres vis-à-vis des USA, bénéficiant de soutiens divers et capables de conduire des exercices militaires conjoints avec les USA sans pour autant se considérer comme alliés permanents opérationnels. A ce titre, il est intéressant de noter que Taïwan a pris une forme d'autonomie vis-à-vis des USA, et que des rapprochements actifs ont lieu avec la RP Chine, notamment sous l'impulsion en 2012 du Président taïwanais Ma Ying-jeou ( Stéphane Corcuff in (1)).

Chine, Russie sont traitées dans ce cas comme des compétiteurs actifs des USA. Seul la Corée du Nord a un réel statut d'ennemi clairement identifié comme tel. Enfin, la Birmanie n'est pas un ennemi, malgré les mesures d'embargo et de pressions internationales. C'est un allié sérieux de la RP Chinoise à qui il offre des facilités de bases (ce que la RP Chine n'a pas en Corée du Nord).

2. Le pivot américain

La stratégie américaine en Asie Pacifique a été revue en application des dernières orientations stratégiques de défense navale américaines Seapower des années 2007/2008, . Elle prévoit notamment la réalisation d’un pivot américain Asie Pacifique. L'expression  "Pivot" apparait dans un article de Foreign Policy (10), d'Hilary Clinton, en novembre 2011, dans laquelle elle définit sa doctrine Affaires Etrangères vis-à-vis du Pacifique : 'The 'pivot' strategy, will proceed along six courses of action: strengthening bilateral security alliances; deepening America's relationships with rising powers, including China; engaging with regional multilateral institutions; expanding trade and investment; forging a broad-based military presence; and advancing democracy and human rights'.

Le terme de « pivot » Asie Pacifique est utilisé pour décrire la réorganisation des forces américaines et des efforts d'assistance et de déploiement diplomatique. Il est présenté comme un ré-équilibrage US du Moyen Orient vers l’Asie de l'Est (désengagement afghan et irakien). Et ce dans la perspective de rassurer les alliés historiques des USA (Japon, Corée du Sud, Thaïlande, et dans une moindre mesure Philippines) dans la zone Asie face au déploiement de puissance chinois et à la menace Nord Coréenne.

On notera également que le pivot ne se justifie pas nécessairement par une confrontation directe des USA et de la Chine, ce que les relations commerciales issues de la mondialisation ne vont pas faciliter. On est plutôt dans un concept de soft war - guerre douce ou plutôt guerre pacifique, comme le mentionne Barthélémy Courmont (4).


En matière de défense, les lignes stratégiques US sont connues et se déclinent sur la zone du pivot en 2 lignes Nord-Sud : la ligne de contact immédiat avec la RP de Chine, qui passe par les blocs usuels Japon, Corée, puis Philippines, Thaïlande et la base de Singapour, la façade Est du détroit de Malacca. La ligne intermédiaire part du Japon et descend sur l'Australie via Guam et Palau. Enfin, il existe une dernière ligne sur cette zone, Est-Ouest. Elle traverse le Pacifique Sud, passe par la base de Darwin en Australie Les Chagos au Sud de l'Inde et va rejoindre les détroits de Bab El Mandeb (Djibouti) et d'Ormuz. Cette ligne assure la connection avec la zone Ouest du Détroit de Malacca. Le pivot tel que le définit Hilary Clinton correspondrait à la ligne la plus au contact de la Chine, voire simplement au détroit de Malacca, sans pour autant intervenir sur les deux principales zones contestées de la mer de Chine du Sud.

La tendance stratégique de l'US Navy est à l'affranchissement de ce raisonnement en ligne, du point de vue de la défense. L'US Navy doit pouvoir être capable d'intervenir de façon fluide partout dans les concepts seapower 21. Mais force est de constater qu'une lecture par lignes stratégiques mixtes (défense, économiques, soft power) fonctionne encore très bien pour ancrer les jeux en cours.

Sécuriser le pivot Asie Pacifique du point de vue américain, implique donc de sécuriser conjointement le cœur du pivot en tant que tel, et ses approches immédiates (Indonésie, Malaisie)et distantes :
  •  La sécurisation du cœur du pivot est réalisée par la présence historique d’une base et de l’usage des installations singapouriennes par l’US Navy,en sortie du détroit de Malacca
  • La sécurisation des approches distantes dans l’océan Indien passe par la base de Diego Garcia  installée dans le Territoire Britannique de l’océan Indien (BIOT) des Chagos loué aux USA. (dont l’échéance du bail est pour les années 2016). Ce territoire fait l’objet d’un litige important avec l’Île Maurice.
  • La sécurisation des approches distantes dans l’océan Pacifique passe par la base de Guam et les bases US installées dans l’archipel japonais et en Corée du Sud. Notons aussi la capacité des USA à intervenir en toute légitimité dans les ZEE de 3 Etats grâce aux accords de Compact Of Free Association (COFA) signés respectivement avec la République de Palau, les Etats Fédérés de Micronésie et la République des Îles Marshall. Ce qui met Palau en continuité de Guam. Les forces US n'ont d'ailleurs pas de pieds à terre à Palau, elles interviennent le cas échéant au départ de Guam.
En matière commerciale, les USA veulent concrétiser le traité de Partenariat Trans Pacifique (TPPP) actuellement en négociation. La carte ci-contre nous montre que les pays concernés sont aussi  riverains du pivot : Vietnam, Malaisie et un intérêt à adhérer à la démarche de la part des Philippines, de l'Indonésie, de la Thaïlande. Australie, Nouvelle Zélande, et Japon sont des partenaires acquis. On notera par contre une certaine défiance de la part des Etats Insulaires du Pacifique membres de l'accord de Nauru, et en particulier de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (Palau, Marshall et les Etats Fédérés de Micronésie ayant d'autres liens commerciaux via leurs COFA).

En matière de vision des USA de leurs enjeux géostratégiques, un rapport de la CIA, public, est très éclairant sur le sujet. Il s'agit du rapport de 2012 Global Trends 2030: Alternative Worlds. Après avoir décrit les tendances, leurs mouvements et les facteurs catalyseurs de changement, le rapport présente des scénarios. Certains de ces éléments éveillent un intérêt particulier pour Blue Lobby Eu et nous leurs donnons une emphase plus importante  :
  • Les USA ne se voient plus en position hégémonique, le monde devient multipolaire et parmi les BRICS, la Chine (pour les USA) devient un compétiteur économique et compétiteur de leadership ; la Russie est cantonnée à un rôle mineur dans ce document de 2012 ;
  • Les USA se voient exportateurs d'énergie ;
  • le scénario 4 (p19) : a nonstate world doit être compris comme la réponse à cette multipolarité (et doit bénéficier du cadre technique, économique et organisationnel qui favorisera ce non state world) : traité commerciaux de libre échange et mise en capacité du soft power privé (ONG et groupes économiques). Cette stratégie suppose la création de partenariats publics/privés de grandes ampleurs, grâce auxquels les Etats répondent aux enjeux globaux mondiaux grâce à la mobilisation de cette puissance privée.
Cette stratégie du partenariat public privé est d'ailleurs poussée à son paroxysme par l'administration Obama dans de nombreux champs, dont ceux de la coopération internationale, les marchés et l'environnement. Cela en fait un vecteur majeur d'activité en soft power de ces acteurs. 
Les déterminants actuels de la stratégie américaine (hypothèses)

Ils semblent basés sur un certain nombre de tendances : bien entendu, la crainte de la bascule économique et diplomatique de la zone en faveur du pôle chinois. Le fait que la Chine soit devenue une super puissance est acté, comme est actée sa volonté de déploiement de puissance et les conséquences à en tirer. Mais les USA pourraient penser que l'interdépendance économique peut leur être favorable à moyen-terme comme c'est mentionné dans le rapport de la CIA de 2012, sous réserve que les tensions internes à la Chine ne déstabilisent pas le pays. Au niveau militaire, la croissance récente de la Marine de l'Armée Populaire de Libération provoque des inquiétudes, plus dans sa capacité à nuire auprès des pays influant le pivot de la sous-région, que dans la perspective d'une confrontation directe avec les USA qui semble improbable. Les intérêts économiques croisés sont aujourd'hui très forts, tant dans le couple Chine / USA que Chine / Japon. Pour autant, ce serait plus sur le volet guerre économique et culturelle que se jouent les enjeux, notamment dans un monde en devenir multipolaire où les USA perdraient de l'influence économique : 
  1. La Chine veut s'affirmer sur une politique de valeur ajoutée de sa production, qui passera par l'accès et à la consommation de matières premières également utiles aux USA sur ce créneau.
  2. L'influence géographique de la Chine dans le Pacifique Central est une concurrence forte aux démarches miroirs initiées par les USA, notamment en matière commerciale et culturelle. Ce faisant, la Chine peut aussi influer au niveau international et de l'ONU, en captant des soutiens qui manqueront aux USA pour maîtriser le cadre légal international et son utilisation notamment en légitimation de leur action.
  3. Le potentiel de consommation de la Chine, notamment au niveau énergétique, en fait une cible commerciale pour le débouché aux productions hydrocarbures américaines, dans la perspective où les USA se projettent comme producteur exportateur. En la matière, la position de la Chine est assez proche de celle de l'Europe. Toutes velléités à contrecarrer ce positionnement de clientèle énergétique, notamment par une production autonome d'énergie et le contrôle des réseaux qui permettent de la distribuer pourraient donc faire l'objet d'actions de guerre économique.
  4. Le contrôle de la production alimentaire chinoise et de son expansionnisme terrestre et maritime sur le sujet ne devrait pas être négligé. 
  5. La dépendance de la Chine à sa route maritime de l'Ouest est essentielle (son dilemme de Malacca), notamment dans sa connexion avec l'Europe, mais aussi avec l'Afrique (terres agricoles, minerais) et avec le Moyen-Orient (énergie).
Enfin, en prenant en compte le scénario 4 "a nonstate world", il est probable qu'opérationnellement les USA s'appuient de plus en plus sur des partenariats publics/privés d'une part, et des traités de partenariats économiques pour compenser leur perte d'influence dans ce monde en devenir multipolaire. L'administration Obama a déjà depuis 2010 réorienté ses stratégies en ce sens, notamment dans le domaine de la diplomatie, de la coopération technique et financière et dans le domaine du commerce extérieur. Il s'agissait du texte "US Global Development Policy", qui comprenait un volet climatique, un volet sécurité alimentaire (Feed The Future) et un volet santé. Ce texte est peu connu en Europe. Voici quelques extraits :

"A new Operational model : [...]
Leverage the private sector, philanthropic and nongovernmental organizations, and diaspora communities.  The United States will:
• Reorient our approach to prioritize partnership from policy conception through to implementation, finding new ways to leverage our investments and to spur action by others both in Washington and the field."

3. Contribution des trusts caritatifs US aux logiques du pivot


Des AMPs géopolitiques

Parmi l'exercice de l'influence, nous sommes frappés de la concordance entre les actions des trusts caritatifs US, notamment dans le Pacifique, et les intérêts géostratégiques. Parmi les différentes actions menées dans ce sens, les Aires Marines Protégées (AMP) de grandes tailles, strictement sans pêche, sont un outil efficace d'éviction de grande échelle des activités de pêche. En effet, contrairement aux statuts intermédiaires d'AMPs, où la pêche est tolérée, et donc gérée, dans une AMPs sans pêche il n'y a plus à s'embarrasser de gestion, ou de négociations, ni d'implication de l'Etat concerné sur des questions d'arbitrage entre le social, l'économique ou l'environnement. Ce point est tranché. Et il est généralement sous le contrôle sociétal des groupes qui se proclament comme représentant la société civile.

Des chercheurs français (14) commencent à souligner en 2013 le rôle géopolitique joué par ces AMPs de grande taille. Ils soulignent notamment le contexte dans lequel elles sont décrétées, et en particulier l'absence d'argumentaires scientifiques appliqués à la zone concernées. Ils montrent que les préoccupations de souveraineté jouent un rôle important dans la prise de décision. Nous allons dépasser le cadre géopolitique pour aller sur le terrain géostratégique en examinant dans le cas du pivot Asie Pacifique comment ces démarches d'AMPs s'inscrivent avec les autres tendances.

Dans leur publication de 2013, les auteurs mentionnent l'existence d'une dizaine d'AMPs de grande taille à cette époque, dont 6 sont strictement sans pêche. Sur ces 6 AMPs de grande taille sans pêche, le trust caritatif PEW est directement à l'origine de 4 AMPs et indirectement des 2 autres au travers de partenaires qui sont en interaction  avec lui. Il s'agit de programmes rattachés au programme chapeau Global Ocean Legacy.

L'action de PEW sur le pivot

Dans la zone du pivot maritime Asie Pacifique, le Pew Charitable Trusts a directement contribué, de part les campagnes en marge de la Pew Ocean Commission et de la Joint Ocean Commission Initiative, à la reconnaissance en  2009 par le président G. W. Bush de deux groupes d'AMPs sans pêche US dans le Pacifique : le Marianna Trench Marine Monument qui figure dans la carte ci-contre, et le Pacific Remote Islands Marine National Monument (représenté ici uniquement par l'Île de Wake). Ces grandes AMPs sans pêche n'occupent pas actuellement l'intégralité de la ZEE où elles sont positionnées.

En 2009, à Palau, pays ayant un accord dans lequel il délègue sa défense aux USA, le président crée un sanctuaire requins dans sa ZEE. Il ne s'agissait pas d'une AMPs intégrale sur l'ensemble de la ZEE. La création de ce sanctuaire est le résultat d'une campagne de PEW, dans le cadre de son programme Global Sharks Conservation. Les requins sont une capture accessoire des flottilles palangrières asiatiques et présentent des signes de surexploitation. En 2010, PEW finance un mémoire de fin d'études aux incertitudes fortes sur le nombre de plongeurs concernés par l'écotourisme de plongée requin, affirmant qu'il y a plus de retombées économiques pour l'Etat par cette activité que par la pêche. Ce qui est faux, même avec les résultats de l'étude, car les recettes des licences de pêche étaient de 5 M US$ pour des recettes fiscales de l'activité écotouristique surestimées à 1,7 M US$. En 2012, des pêcheurs illégaux chinois sont surpris dans le sanctuaire requins. En février 2014, le président annonce le classement de l'intégralité de sa ZEE en zone non pêche commerciale et l'interdiction pour ses pêcheurs locaux d'exporter, arguant des difficultés à contrôler la ZEE et des retombées écotouristiques supérieures. Il impacte ainsi principalement l'activité des flottilles thonières taiwanaises et japonaises qui travaillent sous licence de pêche dans la ZEE de Palau.

En 2010, le Royaume-Uni décrète la zone des Chagos (BIOT) de l'océan Indien comme AMPs sans pêche. La zone occupe l'intégralité de la ZEE. Les câbles diplomatiques de mai 2009 qui ont fuité via wikileaks (copie wikileaks ici) montrent clairement :
  • que PEW est à l'origine du classement en AMPs, et pas seulement simple accompagnateur opportuniste de la démarche britannique : "He asserted that the PEW Charitable Trust, which has proposed a BIOT reserve, is funding a public relations campaign in support of the idea. He noted that the trust had backed the Hawaïan reserve and is well regarded within British Governmental circles [Dave Milliband] and the larger British environmental community." 
  • que l'établissement de l'AMPs sans pêche ne remet pas en cause l'utilisation des Chagos (Diego Garcia) sur son usage militaire
  • que l'établissement de l'AMPs permettrait de renforcer la position du Royaume-Uni face aux revendications des Chagossiens (cf. dispute Maurice/UK), notamment par l'impossibilité d'y conduire du développement économique. "[...] there would be "no human footprints" or "man Fridays" on the BIOT's uninhabited islands. He asserted that establisshing a marine park would, in effect, put a paid to resettlement claims to the archipelago's former residents. Responding to Polcouns' observation that the advocates of the Chagossian resettlement continue to vigorously press their case, Roberts opined that the UK's "environmental lobby is far more powerful than the Chagossians' advocates." "Establishing a marine reserve might, indeed [...] be the most effective long-term way to prevent any of the Chagos Islands' former inhabitants or their descendants from resettling in the BIOT. End comment".
Les îles sont inhabitées car les habitants ont été déplacés sur l'île Maurice. Cela fait l'objet d'une plainte de l'Île Maurice sur ce sujet. Rappelons également que le bail US pour la base militaire de Diego Garcia aux Chagos arrivait à terme en 2016.

Ces 3 AMPs de grande taille sans pêche sont directement positionnées dans des espaces géostratégiques du pivot et concourent par leur existence à limiter les rayons d'actions des flottilles asiatiques.

PEW par ailleurs mène des campagnes en Australie et en Nouvelle Zélande pour la création d'une vaste AMPs dans la mer de Corail.

Enfin, dans la ZEE de la Nouvelle Calédonie, une AMP de grande taille a été  créée en avril  2014 par l'Agence des Aires Marines Protégées, sous le statut de Parc Marin, avec pour l'instant autorisation de la pêche. La ZEE française est par contre interdite aux pêches ciblées de requins. PEW a créé une antenne française pour obtenir le classement en AMPs en Nouvelle Calédonie et en Polynésie française. Les actions sur la Nouvelle Calédonie continuent, malgré le classement officiel français. La cible de PEW est peut-être la transformation de l'AMP française en AMP sans pêche.

L'activité de la Global Ocean Commission (GOC)

La GOC a été créée par des partenaires de PEW avec le soutien de PEW, et très probablement par la volonté initiale de PEW qui reproduit la même mécanique qu'aux USA dans les années 2000. (voir à ce sujet cette vidéo). Son objectif premier est la création d'AMPs de grande échelle sans pêche dans la Haute Mer, au-delà des 200 milles nautiques. Différentes versions de ses revendications amènent même à des demandes d'interdiction totales des pêches dans la Haute Mer. 

Sur le pivot maritime Asie Pacifique, si de telles recommandations devaient être appliquées, il en résulterait :
  • le renforcement du contrôle des approches Ouest par l'interdiction de fait de circulation et d'activité des flottilles de pêche asiatiques hors des ZEE.
  • le renforcement de l'approche Nord Est qui est moins couvertes par un tissu de ZEE que la zone US Est.

L'engagement d'Obama (John Kerry) le 17 juin 2014

Le 17 juin 2014 a eu lieu un évènement très médiatisé, l'annonce officielle de l'administration d'Obama d'un programme d'action international sur les océans (en Français, notez le pluriel) et intitulé "Our Ocean" (singulier dans la communication officielle américaine). Concernant la thématique du pivot maritime Asie Pacifique, John Kerry a annoncé :
  • Le renforcement de la lutte contre la pêche illégale
  • L'extension spatiale de certaines AMPs sans pêche américaine, probablement à l'échelle de l'ensemble de la ZEE, et notamment celle du centre du Pacifique Centre (qui touchera ici l'Île de Wake)
  • L'assistance à Palau pour mieux assurer la surveillance de sa nouvelle Aire Marine Protégée sans pêche
PEW qui était représenté dans la salle par Joshua Reichert, l'organisateur de la stratégie océanique de PEW qui lui consacre 100 M US$/an, a loué cette initiative montrant un véritable engagement des USA. Et il a précisé: "Obama should also consider expanding the borders of the monuments Bush created in the Northwestern Hawaiian Islands and the Marianas Trench" . Autrement dit, interdire l'activité de pêche dans l'intégralité de la ZEE US des Mariannes (Guam), complétant ainsi l'interdiction totale de présence de navires de pêche de Palau.

On a bien là les termes d'un partenariat public/privé souhaité par l'administration Obama, avec des retombées géostratégiques sur le contrôle du pivot maritime Asie Pacifique. L'action de PEW sert au renforcement de l'efficacité de la logique de pivot anti Chine souhaitée par l'administration Obama.

Néanmoins ces trusts caritatifs sous couvert d'intérêt général portent aussi leur intérêt privé qui n'est pas forcément complètement en adéquation avec les intérêts de l'Etat US. Sur ce cas d'extension des AMPs sans pêche, l'industrie thonière privée américaine est fortement impactée, notamment sur la zone de Kiribati (qui n'est pas dans le pivot). Cette industrie US est aussi la cible depuis plusieurs années de PEW. L'action de l'administration d'Obama va servir les autres logiques de PEW.

4. Le pivot chinois


Le "collier de perles"

La Chine pour sécuriser ses propres routes commerciales déploie une série de bases selon une stratégie dite « du collier de perles ». Certains auteurs ont vu dans le déploiement de ces bases autant de points à vocation militaire, ce qui a tendance à forcer le trait. Il est probablement plus réaliste de parler de bases relais, et pas nécessairement militaires, ni totalement maritimes comme le propose Margaux Pierrefiche (5). Il s’agit probablement de compléter et de démultiplier les capacités à durer à la mer de la marine de l’Armée Populaire de Libération de Chine, qui ne disposerait pas encore de l'équivalent du dispositif "seabase" américain. Ces points relais sont multiformes et peuvent être mis à disposition de tous les types de marine (commerciale, pêche ou défense). Ce qui finalement en fait des points stratégiques bien plus complets que de simples points d'appuis militaires. Ils structurent des communautés portuaires et font l'objet de l'environnement diplomatique et de coopération adéquat. Ainsi, en mai 2014, la Chine offre aux Seychelles un patrouilleur, alors que dans le même temps les escales de l'MAPL se multiplient dans l'archipel et que les Chinois négocient des facilités portuaires pour leurs flottes.

Au niveau du pivot maritime Asie Pacifique, les "perles relais" (ou les pions du jeu de Go) se situent : dans les Spratleys / Paracel (renseignements et présence continue), au Cambodge, en Birmanie (renseignement et logistique), au Sri Lanka, au Bengladesh et au Pakistan. Des discussions portent sur les Maldives et les Seychelles et des Etats africains riverains de l'océan Indien. Notons que cette stratégie de bases relaie se poursuit sur les lignes stratégiques chinoises au-delà du pivot, couvrent l'Afrique de l'Est et pourraient remonter jusqu'en Afrique de l'Ouest.

Dans la carte qui  représente les lignes stratégiques, les deux lignes stratégiques à l'Est du détroit de Malacca sont issues des objectifs définis par l'amiral Liu Huaqing dans les années 1980. Il s'agissait des lignes d'objectif de performance et de développement de la marine de l'APL (MAPL) :
  •  La ligne la plus côtière correspond grosso modo aux revendications territoriales de la Chine, de la mer de Chine du Sud au du contrôle de Taiwan et du Japon. La Marine de l'Armée Populaire de Libération MAPL devait pouvoir exercer son contrôle à l'intérieur de cette ligne pour les années 2000.
  • La seconde ligne correspond à la deuxième ceinture de chapelets d'îles. La MAPL devait aussi pouvoir exercer son contrôle sur cette ligne, qui devait inclure à l'Ouest Malacca et Singapour, pour 2020.
  • Pour 2050, ces objectifs doivent être atteints en incluant des groupes aéro-navals.
Ces lignes d'objectifs tactiques de la MAPL doivent probablement être considérées de manière plus large, en incluant des préoccupation d'influence en soft power, et ne pas avoir un caractère strictement militaire. Dans cette perspective nous faisons apparaître d'autres lignes stratégiques qui sont mixtes (défense, pêche, commerce, influence diplomatiques)


La Chine s’est dotée d’une flottille de bâtiments lui permettant d’assurer plus efficacement sa fonction garde-côte, proche ou lointaine, répondant à la première ligne d'objectifs prévue pour 2000, avec près de 10 ans de retard, mais l'effort d'investissement consenti est énorme. Reste maintenant à développer les tactiques et les doctrines, comme le souligne Jean-Vincent Brisset dans le numéro de Carto d'avril-mai 2014. En 2011, certains estimaient que le tiers du budget de la défense chinois était consacré à la MAPL. 

Par ailleurs, les flottilles sous-marines en équipement conventionnel ont explosé dans la sous-région. S’il est difficile d’assurer une suprématie maritime de surface, il est tout autant difficile d’assurer une lutte anti-sous-marine efficace. Investir dans des sous-marins conventionnels (Malaisie, Indonésie, Singapour, Viet Nam) est donc une manière pour un pays de faibles capacités de pouvoir peser sur les enjeux de défenses maritimes.(2) Un des enjeux probables de la MAPL sera de maîtriser cette capacité de lutte anti sous-marine, elle-même étant aussi la première force sous-marine (en conventionnel) de la zone.

La croissance chinoise de la dernière décennie a accru ses enjeux de maîtrise de la mer de Chine orientale : sécurisation des approches chinoises du Sud, sécurisation du trafic maritime de la mondialisation et de l’approvisionnement énergétique et en matières premières de la Chine, issu des pays du Golfe arabo-persique et de l'Afrique, ressources en hydrocarbures propres à la mer de Chine méridionale, ressources halieutiques… En ce sens, la stratégie de Liu Huaqing reste pertinente.

Notons enfin que les relations avec Taïwan semblent actuellement évoluer. Si la fusion n'est probablement pas à l'ordre du jour, les rapprochements sont plus nombreux (cf. accord de libre échange) et l'antagonisme pas aussi fort ni déterminant dans les perspectives maritimes en tout cas. Certes l'intégralité du territoire reste disputée par la RP de Chine, zones maritimes comprises. Mais sur Taïwan, nous devons faire face à un jeu complexe entre les autonomistes taïwanais et les nationalistes chinois du Kuomintang, ces derniers ne voulant pas de la séparation des deux Chines, rejoignant en cela la position du Parti Communiste Chinois continental. L'option du status quo, tout en tissant des liens plus serrés depuis 2005 avec la RP Chine, semble avoir des faveurs, mais créée aussi des tensions sur la manière dont ce rapprochement se fait sans gain visible pour l'économie taïwanaise (17). Là-aussi les activités US et chinoises en matière de soft power sont probablement à l’œuvre pour équilibrer ces tentatives / tentations de rapprochement.

Les activités de pêche

Au niveau des activités de pêche, on peut noter trois mouvements, du plus anciens au plus récents :
  • Les flottilles chinoises exploitent leurs avantages dans les zones contestées de la mer de Chine du Sud
  • Depuis moins de 5 ans, la Papouasie Nouvelle-Guinée et les Îles Salomon accueillent des flottilles palangrières chinoises sous licences ou repavillonnées (sur l'Est de la carte ci-contre). Elles étendent leurs rayons d'action vers l'Est, au point qu'elles sont maintenant en bordure de la ZEE du Territoire de la Polynésie Française. Notons aussi que ces activités de flottilles se déclinent aussi en activités portuaires.
  • Depuis 2 ans, dans l'océan Indien, des flottilles asiatiques, dont chinoises et japonaises, répondent à la volonté du gouvernement sri lankais d'augmenter ses débarquements et ses exportations de produits halieutiques. Il a ainsi offert d'accueillir des flottilles et même de leur ouvrir le pavillon sri lankais. Les flottilles chinoises devraient être accueillies dans le nouveau port de commerce  que construisent les Chinois au Sri Lanka (Port Colombo).

Le pivot chinois résultant

L'illustration cartographique présentée ci-contre nous représente les principales lignes d'influence chinoises, militaire ou autre, qui pourraient constituer les éléments de la déclinaison chinoise du pivot maritime Asie Pacifique.

Au niveau de Palau, il existe aussi des volontés de rapprochement de la Chine (à son initiative), qui a fait des dons caritatifs importants suite au cyclone Haynan. Elle a aussi engagé rapidement des négociations lors de l'arrestation dramatique (un mort) de pêcheurs chinois illégaux dans la ZEE de Palau en 2012, sans les défendre. 

Comme pour le Sri Lanka, les questions de pêche sur Palau s'inscrivent aujourd'hui très directement dans le grand jeu géostratégique du pivot maritime Asie Pacifique.


5.  Inde, Russie, Japon, Corée du Sud Australie et Nouvelle Zélande en alliés activement passifs ?

L'Inde
Les enjeux sino-américains interagissent avec la propre stratégie maritime de l'Inde. Au niveau du pivot maritime Asie Pacifique, c'est sa doctrine "Looking East" qui est concernée (politique présentée aussi comme un contre pouvoir à la croissance de la Chine). Elle se focalise sur la sortie dans l'océan Indien du détroit de Malacca, et l'archipel des Nicobars. Le contrôle du passage côtier du Sud de l'Inde est également un enjeu de souveraineté majeur pour l'Inde. Il est en interaction avec le développement des liens Chinois au Sri Lanka, aux Maldives, au Pakistan et en Birmanie. Il est en interaction avec les relations américaines sur les Chagos et le Pakistan.

Au niveau maritime, l'Inde est aussi porteuse d'un développement de sa Marine de Défense. Elle vient d'investir dans un porte-avions, et devrait en acquérir deux autres. Une base navale a été spécialement créée pour accueillir ces groupes aéronavals.

Elle a un historique de relations important avec les USA au niveau maritime. Elle fait l'objet depuis avril 2014 d'une demande de collaboration plus importante des USA dans le soutien au pivot américain. Pour l'instant il semble que cela reste au stade de projet. Mais la concurrence sur les matières premières entre la Chine et l'Inde, et en particulier sur l'Afrique, pourrait exacerber la situation et facilite le rapprochement avec les USA.

Russie
La Russie peut être un allié d'opportunité avec la Chine. Les USA en 2012 ne la percevait plus comme un concurrent significativement dangereux dans le rapport Global Trends 2030. Depuis, la ré-élection du président Poutine et la crise ukrainienne ont changé la donne. A ce propos, uniquement sur les aspects énergétiques on pouvait anticiper un regain de tension : les USA se voyant exportateurs de gaz, il faut bien assurer un débouché commercial à ce gaz, et à ce titre l'Europe est une cible commerciale importante. 

Le retour du Président Poutine s'est accompagné d'une revalorisation des moyens de défense nautiques et de préoccupations de déploiement de puissance maritime. Suite à l'épisode "Crimée", la Russie a récupéré la pleine possession des bases navales principales en mer Noire. Mais avant cela, des annonces avaient été faites sur 2 axes importants : la revalorisation des bases de l'Extrême Orient Russe qui donnait sur le Pacifique, et la remise en état des bases du cordon Arctique tant sur les questions de soutien logistique au futur trafic maritime de la route du Nord, que sur des points d'appuis de défense. Ces deux points participent donc de la stratégie globale de développement du Nord de la Russie, qui inclut demande d'extension de plateau continental, trafic maritime et exploitation des ressources naturelles. La Russie depuis a également essayé de renforcer ses nœuds d'appuis maritimes dans le monde par des demandes de facilités logistiques portuaires adressées à Cuba et aux Seychelles.

Il existe aussi des initiatives russes dans le cadre des BRICS. Sur ces éléments, les intérêts Chine et Russie peuvent être convergents.

Pour autant, la Russie a des intérêts immédiats qui peuvent être aussi divergents de ceux de la Chine dans la zone, notamment par ses relations avec le Viêt Nam. Les demandes russes de facilités portuaires incluent aussi  la base de Cam Ranh. Et la Russie est le fournisseur pour ce pays d'une commande de 6 sous-marins classiques de la classe Kilo. Ce qui n'empêche pas les Russes et les Chinois de réaliser des exercices navals conjoint en mer de Chine de l'Est en mai 2014, ni de réaliser des opérations de vente d'armes, ou un jeu commun dans la construction d'institutions financières des BRICS autonomes des outils occidentaux. 

Il faut probablement plus voir la relation sino-russe comme un ensemble très mouvant d'intérêts simultanément compatibles (et/ou concordants) ou incompatibles. Les relations n'ont pas besoin d'être formalisées dans un traité de partenariat, ni nécessairement dans une stratégie coordonnées entre les deux puissances. Chacun joue probablement un jeu gagnant/gagnant de façon indépendante.

Japon
Les tensions maritimes sur les Senkaku /Diaoyu se sont exacerbées depuis 2012, et ce sont accrues avec l'arrivée de deux dirigeants qui jouent plus sur la corde nationaliste qu'auparavant. S'agit-il d'une stratégie de test des réactions des uns et des autres, dans le cadre du jeu plus global Chine / USA ? Avant ces épisodes, il existait une capacité à travailler en commun sur la zone, avec par exemple une zone de pêche partagée entre la Chine et le Japon. Les tensions réelles, et leurs répercutions sur les activités des flottilles de pêche catalyseurs de ces affrontements ne doivent pas non plus masquer le niveau d'interdépendance entre  les deux pays, économique ou commerciale. L'influence chinoise sur l'archipel pourrait réserver des surprises, et les capacités de soft power américaines et chinoises sont probablement à l’œuvre pour encourager la bascule dans un sens ou dans l'autre.

Corée du Sud
Les changements de dirigeant en Corée du Nord et en Chine ont conduit à un basculement de la position de la Chine vis-à-vis de la Corée du Sud. Toujours dans la synthèse du magazine Carto d'Avril-Mai 2014, Antoine Bondaz décrit bien le nouveau relationnel que l'on voit par ailleurs dans le reste de la presse (qui peut aller jusqu'à parler d'un lâchage de la Corée du Nord par la Chine). Reprenons simplement le texte d'Antoine Bondaz : "La coopération [entre la Chine et la Corée du Sud] est, semble-t-il, à son apogée avec la visite de la présidente sud-coréenne en Chine en juin 2013. Alors que le président nord-coréen Kim-Jong-Un n'a toujours pas rencontré le président Xi Jinping, Chine et Corée du Sud affichent leur entente sur de nombreux dossiers."

En matière de pêche, la Chine et la Corée du Sud pourraient aussi avoir des motifs de préoccupations communes, comme le Japon et Taïwan d'ailleurs. Ces pays opèrent des flottilles distantes palangrières qui sont dans la cible des ONG environnementales. L'exacerbation des problématiques de pêches illégales pourraient conduire à un ciblage in-discriminé sur leurs flottilles, et à des évictions de zones de pêche notamment dans les approches du pivot maritime Asie Pacifique. Ce qui ne dédouane pas pour autant ces pays de faire les efforts attendus par les standards internationaux en matière de pêche illégale.

Australie et Nouvelle Zélande
Australie et Nouvelle Zélande sont plutôt en marge de la logique du pivot maritime Asie Pacifique, sauf pour l'Australie qui a autorisé l'ouverture de la base de Darwin aux forces américaines. 

La Nouvelle Zélande interagit plus au niveau maritime avec les USA sur le Pacifique central, grâce à l'alliance Te Vaka Moana qu'elle mène, probablement pour contrebalancer le poids de l'alliance de l'accord des parties de Nauru (PNA) qui permet à des Etats insulaires du Pacifique de s'organiser et de renforcer leur pouvoir de négociation sur les accords thoniers.

Australie et Nouvelle Zélande sont les cibles de divers programmes Global Ocean Legacy du trust caritatif PEW, pour la création d'AMPs de grande taille et sans pêche (extension de la réserve mer de Corail, et les zones Kermadec).

France
La France est interdépendante à la fois de la Chine et des USA dans un jeu mondial global. Si les liens avec les USA sont connus de tous, les liens avec la Chine méritent un bref rappel :
  • Au travers de l'Europe, la France constitue un débouché des produits manufacturiers de la Chine, et en  maîtrise la continuité du flux logistique. Sur le pivot maritime Asie Pacifique n'apparaissent pas les points de contrôle français de la route maritime de l'Ouest chinoise à savoir : la Corne de l'Afrique (base française de Djibouti et  mission Atalante), le détroit d'Ormuz (base d'Abou Dhabi aux EAU), le Canal du Mozambique et l'Afrique de l'Ouest (mission Corymbe). 
  • De part son appartenance à la zone euro, les soutiens récurrents apportés par la Chine à la monnaie européenne sont également stratégiques.
  • Les investissements croisés Chine France sont importants. Sur la zone du pivot maritime Asie Pacifique, la Nouvelle-Calédonie et sa production de Nickel en fait un partenaire économique dépendant de la "question" chinoise, principal client.
La zone ASEAN est une des zones stratégiques du commerce extérieur français. Elle est aussi concernée par les accords commerciaux entre les pays de la zone et l'Europe.

Toujours sur la zone du pivot maritime Asie Pacifique, les ZEE françaises proches du pivot (Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna) peuvent être impactées par les jeux de puissance sino-américains au niveau de la pêche, avec des risques de transfert d'effort de pêche et une nécessité de renforcer le contrôle de la ZEE. Et des pressions pour classer l'AMP française en Nouvelle-Calédonie sous le statut d'interdiction à la pêche.  
PEW est présent en Nouvelle Calédonie et veut peser sur la définition du plan de gestion du nouveau Parc Marin de la mer de Corail (l'AMP française néo calédonienne ). Noter que PEW et Conservation International, les 2 trusts caritatifs américains principalement mobilisés sur les AMP de grandes tailles géostratégiques seront présents dans le collège de la société civile du Parc. Ainsi que WWF. Une certaine proximité avec Anthony Lecren (FLNKS, au gouvernement de Nouvelle Calédonie, en charge de développement durable) doit encore être décodée. De même il s'implique dans OCEANIA21 en juin/juillet 2014. Nous avons déjà eu l'occasion de voir dans quelles mesures PEW jouait maintenant sur les arguments "réchauffement climatique causé par la surpêche" et "reconquête de souveraineté nationale" (cf. Palau, Kiribati, Fidji, Seychelles) pour vanter la création d'AMP de grande taille sans pêche, qui ne sont en fait que des verrous géostratégiques dont il pilote le fonctionnement via des pressions "au titre de la société civile" selon ses propres enjeux. (ce qui ne répond en rien aux envies de souveraineté). Le statut de Pays d'Outre-Mer et la question du référendum d'autodertimination qui doit avoir lieu entre 2014 et 2018 doivent être pris en compte dans ces rapprochements entre PEW et ces référendums d'autodétermination.

Les intérêts maritimes dans le pivot sont également en cours de développement sur la Papouasie Nouvelle-Guinée avec le développement de l'activité thonière de la SAPMER et l'implication de TOTAL sur des concessions pétrolières offshore, et de TECHNIP sur l'offshore pétrolier et sur l'exploitation des minerais marins en sous-traitance du groupe Nautilus Minerals Singapore Pte Ltd.

Enfin, en matière de coopération de défense et de diplomatie, la France participe à de nombreux exercices conjoints avec les pays de la Région du pivot maritime Asie Pacifique. Voir à ce sujet le document "La France et la Sécurité en Asie-Pacifique" d'avril 2014.
 

6. Mai 2014 : complément de pivot américain, Dialogue de Shangri-La et tensions sino-vietnamiennes

En mai 2014, les tensions dans la mer de Chine du Sud se sont accrues, avec un conflit entre le Viêt Nam et la Chine, suite à l'installation d'une plateforme pétrolière chinoise, assaillie par des navires de pêche vietnamiens qui ont relayés les revendications territoriales de leur Etat. Ces tensions n'étaient d'ailleurs pas isolées, et il y avait eu d'autres évènements depuis mars 2014, moins relayés en Europe. La zone est également prospectée à proximité par Exxon - Mobile sur des blocs de recherche vietnamiens depuis 2008 (accord avec Pétrovietnam). Au plus fort de la crise, Exxon était également à Pékin (à mi mai 2014), pour étudier les possibilités de co-exploitation du gisement. Le mercredi 16 juillet, la Chine annonce enlever sa plateforme.

Fin mai, se déroulait également la rencontre annuelle de Shangri-La. Il s'agissait de la 13ième rencontre intergouvernementale des ministres de la défense impliqués sur l'Asie du Sud Est (28 pays dont la France). Elle s'est tenue du 30 mai au 01 juin 2014 (Site du sommet 2014). Notons que cette série de rencontres est organisée par l'IISS, International Institute for Strategic Studies (Think Tank), depuis 2002 à Singapour.

Cette rencontre fit l'objet d'échanges très verbaux intenses entre le Secrétaire d’Etat à la défense Chuck Hagel et son homologue Chinois. Elle aussi se déroulait dans un contexte qui n'était pas anodin, où les USA voulaient relancer leur stratégie du pivot. Et elle a été suivie du discours de Kerry / Obama sur les océans.

Peu avant le sommet, les USA avaient réalisé une tournée diplomatique dans la Région (avril 2014), tournée qui comprenait l'Inde, la Malaisie et les Philippines. Pour les deux premiers, les USA avaient obtenu des intentions de collaboration. Par contre au niveau des Philippines, ils ont concrétisé un accord de coopération prévoyant un retour massif de la présence permanente militaire américaine sur le sol philippin. L'accord de présentation est présenté comme étant à l'initiative des Philippines. Il prévoit le retour permanent de l'US Navy à Subic Bay et des facilités sur 3 autres bases. L'accord a été préparé en amont en mars 2014, dans la perspective du déplacement d'Obama en avril. L'accord final a été plus complet que la proposition, ils n'envisageaient pas initialement l'accès à Subic Bay. Ces mouvements de mars à avril 2014 ont permis aux USA de compléter et renforcer leur stratégie du pivot, et répondent ainsi à l'attente et aux inquiétudes des pays riverains.



La carte ci-contre vous présente la résultante actuelle de la stratégie du pivot américain et chinois sur son volet défense. Les coopérations indiennes et malaisiennes peuvent appuyer les points d'appuis USA des Chagos et  de Malacca, même si elles ne semblent pas encore pleinement acquises. L'ouverture apportée par les Philippines aux USA leur permet de verrouiller la première ligne de contact US Chine, et cette fois avec des capacités opérationnelles en temps réel. Sur la seconde ligne, les actions à terme de protection de la ZEE vont limiter l'activité des flottilles de pêche chinoises, navires de pêche dont on voit la capacité des différents états (Philippines, Vietnam et Chine) à les utiliser comme des outils de puissance géostratégiques. Reste l'activité de pêche dans les îles Marshall, en Papouasie Nouvelle-Guinée et au Sri Lanka. Côté Pacifique, si le PEW Charitable Trusts arrive à promouvoir la grande Aire Marine Protégée sans pêche de la mer de Corail, l'endiguement sera réalisé par l'Australie, et la France sera conduite à réagir sur la Nouvelle-Calédonie si elle ne veut pas subir le report d'activité sur sa ZEE. Côté océan Indien, les Chagos et la Marine Indienne vont tenir la sortie du détroit de Malacca.

7. Les initiatives de réduction des conflits dans la mer de Chine du Sud

[cette partie de la synthèse sera probablement détaillée plus longuement dans un autre article]
 
Les faits dans la mer de Chine du Sud

L'année 2014 présente une séquence dure des revendications chinoises en mer de Chine du Sud qui avait été préparée par des tensions dans les années antérieures, principalement avec les Philippines. Des groupes d'îles dont les Spratleys, les Paracels, Scarborough Shoal, peuvent faire l'objet de revendication. Au sein de chaque groupe d'îles, chaque île individuellement peut faire l'objet d'actions pour légitimer une souveraineté. La technique principale est l'installation d'une structure occupée par une présence militaire permanente. Pour la situation aux Spratleys, voir le lien wikipedia (cartes) sur la répartition des îlots entre 5 Etats (Philippines, Viet Nam, Chine, Taiwan, Malaisie).

les îlots concernés aux Spratleys sont : Thomas Shoal, Second Thomas Shoal, Pagasa Island ; voir la synthèse wikipedia sur les relations entre les Philippines et les Spratleys ; voir la synthèse wikipedia sur Scarborough Shoal ; voir la synthèse wikipedia sur les revendications territoriales sur la mer de Chine du Sud. Les îlots concernés aux Paracels sont : 


  • 1968 : Spratleys Premières occupations militaires d'îlots par les Philippins. Elles seront suivies d'occupation d'autres îlots par les Vietnamiens. L'un et l'autre parti craint la perte de ses zones de pêche.
  • 1999 : Second Thomas Shoal : Echouage par les Philippins du Sierra Madre, vieux bâtiment (barge), qui  héberge depuis une présence militaire philippine.
  •  1999 : Scarborough  Shoal : échouage par les Philippins du Benguet, vieux bâtiment (barge), qui sera ensuite enlevé.
  • 1999 - 2000 : Scarborough Shoal : la Marine philippine arrête des pêcheurs Chinois
  • 2004 : Pagasa Island : Les Philippines échouent de nouveau la barge de débarquement Benguet, puis la retire.
  • 2008 : Spratley : explorations sismiques  conjointes Viet-Nam, Chine, Philippines, mais un scandale éclate aux Philippines, le Sénat accusant les sociétés d'avoir prospecté au-delà de la compétence.
  • Avril 2012 : Scarborough Shoal La Marine philippine veut arrêter des navires de pêche Chinois. Interposition de la Marine Chinoise qui chasse les Philippins et occupent définitivement l'îlot en juillet 2012 (mais pas l'archipel.
  • 19 Avril 2012 : l'administration chinoise annonce un plan de défense des zones maritimes et insulaires et partage la mer de Chine du Sud en 7 zones. Fureur du Viet Nam qui renvoie au processus ASEAN du CoC (Code of conduct) et à la CNUDM.
  • Août 2013 : Scarborough Shoal Nouvelles tensions entre Chine et Philippines sur la participation du président Philippins à la 10ième exposition China-ASEAN . A cette occasion, les Chinois diffusent des photos montrant l'intension des Philippins de construire une plateforme en béton sur l'Ilot.
  • Octobre 2013 : ASEAN : Début officiel des négociations sur le Code of Conduct of the South China Sea. Mais aussi discours de Xi Jinping sur la "communauté au destin commun".
  • Mars 2014 : Second Thomas Shoal  Les Chinois repoussent deux navires Philippins qui voulaient construire une structure pour affirmer leur possession sur l'îlot selon les Chinois, et qui voulaient ravitailler la garnison leur barge  Sierra Madre selon les Philippins.
  • 28 Avril 2014 : USA - Philippines accord cadre  militaire USA - Philippines permettant le retour d'une présence US avec notamment l'accès à la base de Subic Bay (et probablement celle de Palawan)
  • Mai 2014 : récifs de Johnson  les Philippines dévoilaient des photos de constructions chinoises sur les récifs de Johnson.
  • Mai 2014 : Paracels Les Chinois installent une plateforme pétrolière dans la zone contestée avec le Viet Nam des Paracels. Nombreux affrontements entre navires de pêche vietnamiens et marine chinoise. Manifestation anti chinoises au Vietnam qui conduisent à une évacuation de 4.000 ressortissants et des morts.Un navire de pêche vietnamien coulé lors d'un abordage.
  •  Mai 2014 : Half Moon Shoal : Les Philippines arrêtent 9 pêcheurs chinois sur le banc de Half-Moon Shoal pour pêche illégale à la Tortue.
  • 23 mai 2014 : Les Philippines et l'Indonésie signent un accord de délimitation de leurs ZEE
 
les "groupes d'alliance"

Du fait des tensions et des revendications :
  • Les Chinois disposent des soutiens suivants : Birmanie, Cambodge, Corée du Nord. Il est possible que Taïwan se rapproche de la Chine également
  • Les USA agrègent les soutiens suivants : Philippines, Singapour, Japon, Thaïlande, Bruneï et plus récemment Inde et Malaisie (à vérifier encore sur ces derniers pays). Le Viet Nam pourrait être conduit à les rejoindre.
  • Les "neutres" dans ce conflit sont les Russes (qui ont un intérêt avec le Viet Nam), peut-être l'Indonésie et le Japon.
Les initiatives diplomatiques dans la sous-région :
  • Le Dialogue de Shangri La
  • The Coral Triangle Initiative : Indonésie, Malaisie, Philippines, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Timor-Leste, Îles Salomons
  • L'initiative Code de Conduite dans la mer de Chine du Sud de l'ASEAN. 
  • L'APEC (Coopération Economique Asie Pacifique)
  • Les pays de l'Accord de Nauru à l'Est du pivot Asie Pacifique (qui discutent sur les enjeux thons pour les pays insulaires adhérents de l'accord et portent une forme d'autonomie vis-à-vis des USA et de la Chine)
  • Le groupe mélanésien "Fer de Lance", dans la zone océan Pacifique central, mais aussi en bordure Sud Est du Pivot maritime Asie Pacifique (regroupe : FLNKS, Fidji, Papouasie Nouvelle-Guinée, Salomon, Vanuatu) [lien avec OCEANIA21 à expliciter]
 
Analyse de la résolution du conflit

Le choix Chinois de l'année 2014 pour porter et intensifier les revendications maritimes est probablement lié au temps nécessaire pour Xi Jinping de se mettre en capacité d'agir, ainsi qu'à la montée en puissance des Philippines sur les conflits de la mer de Chine du Sud. Il a été élu le 14 mars 2013. On lui prête une volonté de personnaliser et de mettre en œuvre une politique internationale plus "présente". Il doit aussi faire face à des tensions intérieures et une diminution de la croissance économique. Jouer sur le sentiment nationaliste peut être une manière de mieux tenir son opinion publique. Parallèlement, son outil militaire modernisé n'était pas totalement opérationnel. Il lui manquait sa pièce maîtresse, son groupe aéronaval opérationnel. L'arrivée en flotte de son porte-avion Liaoning s'est faite en septembre 2012. Mais il n'est réellement opérationnel que depuis la fin 2013 avec la qualification des pilotes et le temps de compléter son groupe naval.

La Chine semble vouloir régler le problème en proposant un développement conjoint (cf. discours d'octobre 2013)  via l'ASEAN. Ceci pourrait notamment concerner une coexploitation des gisements de pétrole (cf. les Joint Development Areas et les discussion avec Exxon Mobile). Certains voient les derniers bruits de bottes de mai 2014 comme une méthode musclée pour favoriser l'adhésion à son propre processus. Sa participation aux initiatives ONU de résolution des conflits ne serait que de façade (9 juin 2014), bien que les négociations soient également souhaitées par le Viet Nam, et les Philippines. Elle en refuse finalement l'arbitrage, notamment sous l'égide de la Court Internationale de Justice (CIJ). 

Certains mettent en avant pourtant la capacité de la CIJ d'arbitrer au regard du cadre légal de la CNUDM des différents frontaliers maritimes, en prenant exemple sur le cas de l'Indonésie et des Philippines,  négociations menées dans le cadre de la Coral Triangle Initiative. Les Philippines et le Japon sont des soutiens importants à l'utilisation et la mise en capacité de la CNUDM comme outil de résolution du conflit. Alors que la Chine et les USA semblent privilégier les accords bilatéraux, plus propres à l'expression de leurs puissances respectives. Les USA n'ont d'ailleurs pas le choix par absence de ratification de la CNUDM. Cette volonté de ne pas passer par la CNUDM est comprise par certains comme un facteur aggravant des tensions et des risques de dérapages sécuritaires.

La Chine semblait plutôt privilégier une résolution du conflit sous les hospices de l'ASEAN et son Code de Conduite de la mer de Chine du Sud. Lors du sommet d'octobre 2013, l'officialisation de la démarche a été engagée (bien que la démarche ait émergée dès 2002), et ce malgré la confrontation entre la Chine et les Philippines du fait des tensions sur Scarborough Shoal. En juin 2014, le duel continue sur ce même code. Le Code de Conduite utilise aussi les bases juridiques de la CNUDM. Il diffère simplement dans le processus. Son objectif est de parvenir à un accord sans porter un contentieux ou demander un arbitrage externe.

La Chine (et peut-être aussi curieusement les USA - à vérifier) semble plutôt privilégier les négociations directes, ici pour la Chine dans le cénacle de l'ASEAN pour résoudre la question de ses limites maritimes. Elle y dispose probablement de plus d'appuis, comme le Cambodge qui lui sert de porte-parole.

8. Connexion avec les autres ensembles géostratégiques

La thématique du pivot maritime Asie Pacifique est en interaction avec les ensembles géostratégiques suivants :
  • l'ensemble terrestre Rimland et le renouvellement des "routes terrestres de la soie" chinoises 
  • l'ensemble Pacifique (notamment central)
  • l'ensemble Arctique et demain Antarctique
  • l'ensemble Afrique/océan Indien
  • l'ensemble Brésil / Amérique Latine, lui-même à cheval entre le Pacifique et l'Atlantique/Sud de l'océan Indien 
Certains enjeux du Pacifique central et Occidental

Pour compléter cette présentation, il faut aussi s'intéresser à l'espace qui jouxte, l'océan Pacifique Central et oriental, qui concentre une diversité d'enjeux intéressante. Dans la vidéo qui suit, vous retrouverez un rappel de ses divers enjeux géostratégiques (thoniers, terres rares marines, défense, commerciaux). Elle a été réalisée lors du séminaire du 22 mai 2014 de l’EHESS  espaces fluides / espaces solides, organisé par Laurent Henninger et André Brigot (lien vers le séminaire : http://www.ehess.fr/fr/enseignement/enseignements/2012/ue/175/), avec l'appui du blog stratégique Theatrum Belli. Cette vidéo ne reprend pas les faits qui se sont déroulés après le 22 mai. La projection n'est plus centrée sur la Chine mais sur le Pacifique Central.


9. En savoir plus

  1. Géopolitique de la Chine - les défis de la puissance - Avril-Mai 2014 - Diplomatie - les grands dossiers n°20.
  2. La course aux armements en Asie-Pacifique par Tristan Hurel - Mai-Juin 2014 - Carto n°23 - pp 30-31
  3. Mer agitée, la maritimisation des tensions régionales. Etudes Marines, n°3 - janvier 2013 Centre d'Etudes Supérieures de la Marine, 181 pages. et notamment : "Le détroit de Malacca pris entre deux fronts" (Frécon E. p88) ; "Chine et Asie du Sud-Est, une course aux  armements à relativiser" (Asp Mehdi Kouar p130) ; "Mutation des rapports de puissance et conflits insulaires en Asie de l'Est" (CC Colomban Lebas p 140)
  4. Une guerre pacifique : la confrontation Pékin-Washington. Barthélémy Courmont, Paris, Eska, 2013, 370 p.
  5. La stratégie chinoise du collier de perles : menace, mythe ou prophétie réalisatrice 2013, Margaux Pierrefiche, mémoire d'études, Centre d'Etudes Supérieures de la Marine.  17 p.
  6. Les enjeux de la stratégie navale  chinoise : entre recherche de sécurité et quête de puissance, Marie Hours, Centre d'Etudes Supérieures de la Marine, 2011. 9 p.
  7.  Seapower 21, Admiral Vern Clark, Octobre 2002.
  8. US Force Posture strategy In the Asia Pacific Region. An independent assessment. Août 2012, Center for Strategic and International Studies.
  9.  Re-balancing the rebalance: resourcing U.S. Diplomatic Strategy in the Asia Pacific Region, 17 avril 2014, rapport au Comité des Affaires Etrangères du Sénat américain
  10.  America's Pacific Policy, Foreign Policies, Hilary Clinton, novembre 2011.
  11.  Stratégie politique Chinoise : quel équilibre ? 25 juin 2014, interview de Jean-Pierre Cabestan sur son ouvrage "Le système politique Chinois"
  12. L'expansionnisme maritime chinois.   Jean-Paul Pancracio, 24 juin 2014
  13. La Chine dans les coulisses de l'ASEAN, , septembre 2013, Asia Centre
  14. Leenhardt P., Cazalet B., Salvat B., Claudet J., Feral F., 2013. The rise of large-scale marine protected areas: Conservation or geopolitics? Ocean & Coastal Management 85(2013) 112-118, Elsevier ed. 
  15. André Menras : "Chronologie des agressions chinoises sur les pêcheurs vietnamiens" (Attention site partisan mais listes de faits intéressante - il en existe tout autant envers les pêcheurs chinois)
  16. Stéphane CORCUFF, Taïwan a-t-elle cessé d'être "l'île rebelle" ? in Diplomatie, n°68, mai-juin 2014 pp72-77
  17. Olivier ZAJEC, Actualité et réalité du "collier de perles" 28 novembre 2009, DIPLOWEB
  18. Reprendre pied en Asie du Sud, Sénat français : http://www.senat.fr/rap/r13-723/r13-72314.html 
  19. Le Dilemme de Malacca, 2010, Laurent Amelot,  

10. Actualités en relation avec le conflit Chine Vietnam de juin 2014 + Chine / Philippines avril 2015 (Scarborough Shoal)

Les sources de ces articles sont principalement : The Diplomat (journal initialement australien, maintenant propriété de Trans-Asia Inc, spécialisé sur l'Asie/Pacifique qui a établit un partenariat avec le Center for Strategic International Studies CSIS, et aussi le Foreign Policy Center), CCTV (Chine), Vietnam plus (V+ - Viet Nam). Bien évidemment, ces journaux ne sont pas neutres.
 
 ---------